Missives

La revue de la société littéraire

Missives n°271 – Décembre 2013 – Camille Claudel…

Missives n° 271 Décembre 2013  
Camille Claudel, naissance d’une vocation de Jeanne Fayard  

Résumé

Dans cet ouvrage – le premier d’une série à venir évoquant des êtres d’exception et ce qui est à l’origine de leur destin –, Jeanne Fayard met en scène Camille Claudel, artiste en herbe. Ainsi voyons-nous Camille, dès l’âge de dix ans, évoluer dans son contexte familial, au quotidien, là où germe et se déploie sa passion pour le dessin et la sculpture. Déjà, dans son rapport aux siens, apparaît sa forte personnalité et sa détermination. Riveneuve éditions/Archimbaud éditeur, Paris, mars 2013 95 p. – 10 €  
L’auteur décrit, non sans raison, l’environnement et précisément les villes où la famille a vécu au gré de l’itinéraire professionnel du père, sans oublier la maison de Villeneuve-sur-Fère (Aisne) où se passent les vacances d’été. Camille s’y empare du grenier pour en faire son atelier. Le jardin fleuri, les champs alentour, la proche forêt où elle s’évade et joue avec son petit frère Paul contribuent à rendre, en son âme, le lieu idyllique. Est-ce un hasard si parmi les villes où la famille est appelée à séjourner se trouve Nogent-sur-Seine, marquée par la présence de trois sculpteurs ? Marius Ramus y est établi, à deux pas de chez les Claudel, dans une belle demeure décorée de sculptures. Alfred Boucher, qui a été son élève, et qui enseignera à Camille quelques rudiments de l’art, y fait de fréquents passages entre ses séjours en Italie. Enfin, Paul Dubois, nogentais, est alors directeur de l’École des beaux-arts. Opportunité d’un contact improbable, à une époque où l’École des beaux-arts est interdite aux femmes et qui a pu influer le cours des choses, du moins est-il permis de le penser ! Cela n’explique pas tout. Les gestes simples de la vie inspirent Camille dès son plus jeune âge : ceux de Victoire, la bonne, occupée à préparer une tarte ou un gâteau, ceux des moissonneurs des champs. C’est là, dans les champs, qu’est la vraie vie, dit-elle. Plus encore, les gestes du potier sur le marché de Fère-en-Tardenois exercent sur elle une sorte de fascination, ainsi que ceux d’artisans, dont un tailleur de pierre, rencontré dans un chantier attenant à la basilique Saint-Étienne à Bar-le-Duc, au temps où la famille résidait dans cette ville. L’accent est mis aussi sur l’attention qu’accorde la jeune Camille aux sentiments dissimulés des êtres simples qu’elle rencontre… un air de tristesse, souvent. Elle veut en rendre compte, le capter et le restituer dans ses oeuvres. Il lui tient à coeur de montrer la réalité telle qu’elle est. La sensibilité exacerbée de Camille, sa relation à la création artistique, qu’elle en soit spectatrice ou actrice… tout ce qui met ses sens en éveil et la fait vibrer est admirablement traduit par l’auteur. La dernière page du livre marque la fin de l’enfance : Alfred Boucher viendra avec Paul Dubois voir le travail de Camille Claudel, fraîchement installée dans son atelier au numéro 117 de la rue Notre-Dame-des-Champs. Cette visite sera à l’origine de sa rencontre avec Rodin. A.-M. B.

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