Missives

La revue de la société littéraire

Missives n°271 – Décembre 2013 – La cigale, la libellule et le perroquet

Missives n° 271

Décembre 2013

 

La cigale, la libellule et le perroquet

Résumé

La cigale, la libellule et le perroquet est une fable écrite par Simonne Carré en septembre 2013. Elle a été publiée grâce à la Société littéraire de La Poste et France Télécom, dans la revue Missives de décembre 2013. Très bien écrite et très vivante, avec une belle illustration, cette fable pourrait avoir une morale qui se résume ainsi : une bonne conciliation – voire une véritable réconciliation –  vaut mieux qu’un mauvais procès. Bonne lecture !

SOMMAIRE

 

Un jour une cigale va chez un avocat.

On lui fait un procès pour une peccadille,

qui lui semble si futile, qu’elle ne fait aucun cas

de ce qu’on lui reproche en restant à la ville.

Pourtant elle se décide à aller consulter

celui qui, au palais, sait le mieux s’exprimer.

Il s’agit, voyez-vous, d’un jeune perroquet

dont la brillante verve gagne tous les procès.

Non seulement il excelle parler avec aisance

mais il comprend toujours les choses à demi-mot.

Il est grand, il est beau, avec de la prestance

sans avoir le besoin d’avoir le verbe haut !

– « Voilà ce qu’il en est, lui dit-elle clairement :

dès le petit matin, je fais mes vocalises.

Je dois me mettre en voix pour toute la journée.

Je dérange ma voisine… et ce serait sottise

de croire bêtement que je le fais exprès !

C’est une libellule toute dégingandée,

elle ne fait rien sur Terre que de vivre au soleil.

Posée sur un roseau, elle se laisse admirer ;

n’ayant aucun ami, elle vit en solitaire.

Qui voudrait partager la couche de cette ingrate

qui se trouve inutile, venue sur cette Terre

pour rester incomprise !

Trouvez des arguments qui seront convaincants.

J’ai déjà des amis qui pourront témoigner

qu’il s’agit d’un travail que je fais gratuitement.

D’utilité publique, j’apporte du bonheur

à tous ceux qui m’écoutent et m’entendent chanter.

On a beau me chercher, je me cache aux regards

pour ne pas être prise, même s’il est très tard ».

– « Je vois très bien l’affaire. Elle n’est pas compliquée.

Avant que je ne plaide, ne pourriez-vous tenter

de choisir d’autres lieux et de déménager,

d’aller dans une forêt ou dans un potager.

Vous y seriez à l’aise pour faire vos vocalises

et même envisager de grasses matinées

en vous levant plus tard ! Pourtant, ce qui m’étonne

est que vous ne soyez pas plus compréhensive.

Elle ne fait aucun bruit, ne vous dérange pas,

pourquoi lui en vouloir de désirer dormir

quand vous ne faites rien pour qu’elle n’entende pas ? »

La cigale réfléchit, puis se décide à voir

celle par qui les ennuis vont sans doute arriver.

Faire le premier pas est souvent un devoir

encore faut-il savoir ce qu’il faut proposer…

– « Vous me faites un procès qui est bien inutile.

Essayez vous aussi de faire des vocalises !

Nous pourrions toutes les deux faire un duo de choix

et au lieu de ‘‘buller’’ à longueur de journée

je vous ferai chanter à la table des rois ! »

– « mais je ne sais rien faire et encore moins chanter,

et puis, je suis timide et n’aime pas me montrer ».

– « Tout cela sont des bêtises ! croyez mon expérience

et essayons ensemble de tenter l’aventure.

Si vous ne pouvez pas garder toute la cadence

et que vous ne puissiez marquer bien la mesure

je saurai ne rien dire et nous recommencerons…

Il faut que nous sachions nous connaître un peu mieux

pour que toutes les deux nous ayons eu raison

de tenter l’aventure ».

Le succès arriva plus vite que l’éclair.

De tous les points du globe, elles furent demandées.

Et quand la libellule revenait saluer,

entrouvrant ses deux ailes avant de se pencher,

la cigale lui trouvait un air attendrissant

tant elle était jolie dans son grand décolleté !

Elle avait oublié son premier jugement…

 

 

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